Gérer son stress… avec intelligence !

Un panneau avec le mot stress rayé et le mot relax

La prévention des risques psychosociaux est l'un des thèmes que la vie même de l'entreprise a poussé au premier plan des préoccupations ; entre autres exemples, la campagne européenne d'inspection en 2012. Mais comment aborder aujourd’hui la question des risques psychosociaux ? Sous une forme simplifiée, on parlera ici du « stress » et de la manière de le gérer.

Nos modes de fonctionnement et leurs 4 grandes dimensions

L'idée de départ est que nous avons tous des modes de fonctionnement privilégiés, facilement accessibles et qui nous demandent moins d'efforts. A contrario, il existe des modes de fonctionnement à l’opposé de ces zones de préférence, qui vont nous demander plus de temps, plus d'énergie, pour un résultat probablement moins bon.


Il nous faut alors identifier ces zones de préférence et de non préférence avec un vocabulaire clair et bien défini, détaché de tout jugement. Quatre grandes dimensions du fonctionnement psychique sont ainsi déterminées :

• L'orientation de l'énergie, qui peut venir principalement de l'extérieur ou de l'intérieur.
• La manière de recueillir l'information, de manière plutôt factuelle ou globale.
• Le type de critère de décision, fondée sur des raisons de logique impersonnelle ou d'évaluation personnelle.
• Le rapport avec l'environnement, sur un mode d'organisation ou d'adaptation.

Première application

Il est aisé d'en voir une première application à la gestion du stress. Si votre travail vous conduit à vous situer plutôt dans les zones éloignées de vos préférences, vous allez utiliser plus d'énergie. Plus vous êtes loin de votre base, plus le stress augmente.
Même si parfois notre travail ne vous convient pas, il n'est pas toujours possible d’en changer. Mais pouvoir identifier les sources de difficultés peut permettre de prendre du recul et de mettre en place des mesures palliatives : déléguer, se faire aider, prévoir des activités compensatrices.

Exemple : lors de la fusion de deux services, l'un des responsables, fidèle serviteur, se voit assigner une mission d'études dans un cadre très doré. Malheureusement, ce responsable est un extraverti habitué à voir des gens, à gérer du personnel. Se retrouver seul dans son bureau, aussi luxueux soit-il, malgré un salaire aussi élevé que le précédent, le conduit en quelques semaines à la Dépression. Après analyse de la situation, il demande à repartir sur les routes pour faire de la prospection.

Deuxième application

La deuxième application se situe au niveau relationnel. Une partie du stress peut provenir de difficultés de communication ou de compréhension. Chacun parle dans son langage et utilise pour communiquer ce qui lui paraît le plus approprié, c'est-à-dire ce qui lui réussit. Lorsque les deux langages se croisent sans se rencontrer, l'atmosphère se dégrade, surtout si les protagonistes sont dans une situation de lien hiérarchique.

Exemple : le nouveau Directeur Général d'une organisation internationale se plaint de l'incompétence et de la stupidité du Directeur Financier (lequel a fait une grande école de commerce, un diplôme d'expertise comptable et un Ph.D. de finances aux États-Unis…). Après discussion, il ressort que le directeur financier est du type « factuel, analytique » et le directeur général « synthétique, global ». Et cela conduit à cet échange savoureux :
- Le Directeur financier : « Vous comprenez, notre budget est si complexe et si politique, qu'il est de mon devoir de vous donner le maximum d'informations afin de vous éviter de tomber dans des pièges. »
- Le Directeur Général : « Eh ! bien, c'est justement ça qui m'empêche de décider. »

Reconnaître la différence sans accuser l'autre de tous les maux ouvre une zone de négociations où chacun va pouvoir exprimer ses besoins et trouver des solutions appropriées. De quoi désamorcer de nombreuses bombes qui sont autant de facteurs de stress.

Troisième application

Une troisième application concerne la dynamique d'évolution. Si notre base typologique ne change pas, la capacité à mieux utiliser les pôles opposés peut, quant à elle, augmenter avec le temps. L'accès à nos non-préférences devient plus facile, tant par besoin endogène de complétude que sous la pression des contraintes externes. Cela veut dire en principe que, toutes choses égales par ailleurs, la capacité à résister au stress s'améliore avec le temps puisqu'en quelque sorte la zone de confort s'agrandit. Ceci est vrai sous l'angle typologique mais évidemment d'autres facteurs peuvent intervenir en sens contraire, comme la résistance physique. Dans le domaine de l'orientation professionnelle et de la mobilité, il y a là un atout considérable puisqu'il facilite la gestion prévisionnelle des carrières en tenant compte des changements de motivation et d'intérêt de chacun.

Quatrième application

Une quatrième application permet de mettre en place ce que nous appelons le « Moi Conscient », c'est-à-dire la capacité à embrasser les pôles opposés dans toutes les situations. Une bonne partie du stress en entreprise est issue de ce que l'on appelle les injonctions paradoxales : le fait de recevoir deux ordres de même force hiérarchique mais contradictoires. Exemple typique : faire de la marge et du volume.

Face à l'injonction paradoxale, il y a trois solutions :
• Demander à son chef de résoudre le paradoxe, ce qui n'est pas très responsabilisant d'une part, et ce que le chef n'est pas nécessairement armé pour faire d'autre part.
• S'efforcer de remplir les deux obligations en même temps, ce qui est un moyen sûr de se précipiter dans le stress, voire le Burn Out.
• Considérer le paradoxe comme une donnée de la vie, que seul le « Moi Conscient » peut gérer avec sa faculté d'embrasser les opposés.

Ceci implique deux conditions, au minimum :
• La nécessité pour l'entreprise de fournir à chacun toutes les informations nécessaires pour comprendre les enjeux de chaque paradoxe.
• La volonté individuelle d'assumer son développement sans en reporter le soin sur des tiers.

Cinquième application

Vient enfin une cinquième application de la démarche : les relations interpersonnelles. Nous sommes faits de différents éléments, nous présentons différentes facettes. Et donc, quand nous entrons en relation avec une autre personne, ce ne sont pas deux individus mais quasi littéralement deux familles qui se rencontrent et nouent des scénarios relationnels, les uns agréables, les autres désagréables et qui contribuent alors à augmenter les risques de difficultés au travail. Au-delà de la difficulté de communication évoquée plus haut, il nous faut alors comprendre en quoi et pourquoi nous nous lions les uns aux autres. Nous devons également mettre à jour les projections que nous faisons sur les autres. Ce faisant, nous favorisons le développement de chacun et nous rendons les relations plus harmonieuses.

L'approche décrite ne change pas les facteurs extérieurs de stress, mais elle donne à chacun de puissants moyens pour mieux les aborder.

Pierre Cauvin, Consultant en développement des personnes et des organisations
19/03/12
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