Spécialistes santé au travail

Addictions : les conseils pour agir en entreprise

Alcool, drogues, médicaments, jeux en ligne, de hasard et d'argent... Les addictions mettent en danger la santé et la sécurité des salariés, et peuvent notamment entraîner des accidents du travail. Ainsi, l'alcool serait à l'origine de 20 à 30% des accidents du travail et de 13.000 journées d'absentéisme en France selon le baromètre 2012 de l'INPES. En tant qu'acteur de la prévention, des ressources humaines ou de direction, il vous incombe de contribuer à la prévention des addictions et des risques associés.

Définir l’addiction

Le mot « addiction » désigne la dépendance d'une personne à une substance ou à une activité génératrice de plaisir, avec les deux paramètres suivants :

• la personne n'arrive pas à limiter sa consommation, même en ayant conscience d'effets négatifs,
• la consommation est au centre de l'existence de la personne : plus rien ne compte en dehors, elle ne pense qu'au produit, au jeu, au comportement et cela accapare ses pensées.

Les  addictions concernent à la fois les consommations de produits psychotropes (cannabis, cocaïne, ecstasy... mais aussi alcool, tabac et certains médicaments) et des dépendances comportementales (c'est-à-dire sans substances psycho actives : jeux de hasard et d'argent, internet et réseaux sociaux, achats compulsifs, boulimie ou anorexie, sexe, travail...).

Les répercussions des addictions sur le monde du travail

Pour l'entreprise, les risques liés aux addictions se traduisent notamment par des erreurs, des malfaçons, des pertes financières, de l'Absentéisme, des arrêts et des accidents de travail, une dégradation de l'ambiance de travail, des violences verbales, des passages à l'acte, des risques juridiques, une mauvaise image de l'entreprise...

Quelques chiffres :

• 15 à 20% des accidents professionnels  sont directement liés à la consommation d'alcool, de cannabis et de médicaments psychotropes selon l'ANPAA (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie). Ces addictions seraient la cause d’autant d'Absentéisme ou d'incidents (agressivité, violences, fautes professionnelles...).
• 1.25% de la masse salariale, c’est le coût caché de ces consommations pour l'entreprise : coûts liés à l’Absentéisme, la sous-productivité, les défauts de qualité, mais aussi les dysfonctionnements tels que les pannes de machine, les ruptures de stocks, les accidents.
• 26 jours, c'est le coût quel'utilisation personnelle d'Internet au travail coûterait par an à l'entreprise (1h30 par jour)selon une étude publiée par Olfeo le 29 mars 2013. Les sites d'actualités et de météo, les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, MSN...), les achats en ligne (leboncoin, ebay...), les divertissements  (Dailymotion, TF1, Youtube...) sont très fréquentés à des fins personnelles.

Salarié fragilisé, à quels signaux faut-il être attentif ?

Que vous soyez chef d'entreprise, responsable des ressources humaines, chef de service, médecin du travail, psychologue du travail, collègue ou ami, l'important n'est pas de poser un diagnostic mais d'observer des changements préoccupants :

• des troubles du comportement, de l'humeur,
• des difficultés de concentration, de mémoire,
• une tendance à l'isolement,
• des signes de Dépression,
• un manque d'hygiène, de soin,
• des retards ou des absences répétés,
• des erreurs, des réponses inappropriées,
• un accident de travail...

Tous ces signes n'indiquent pas systématiquement un comportement addictif, néanmoins ils peuvent refléter des difficultés, une souffrance, et doivent alerter.

Le déni est la difficulté majeure à laquelle sont confrontés ceux qui tentent d'aborder le problème : la personne dépendante va refuser de reconnaitre l'existence d'une dépendance (« je bois comme tout le monde », « ce n'est pas moi qui ai un problème, regardez plutôt Monsieur T »...). Et finalement, parler d'addiction devient difficile, voire impossible.

3 conseils essentiels

1- Ne pas chercher à poser un diagnostic, ne pas essayer de faire « avouer » la personne : le diagnostic relève d'un bilan médical, effectué par un professionnel soignant.

2- Le sujet ne doit pas être tabou, car faire semblant de ne rien voir est contreproductif (on dit qu'en entreprise, l'alcoolique, c'est celui dont on parle mais à qui on ne parle plus). Aborder le sujet montre à la personne qu'on la respecte et que l'on s'inquiète pour elle. On peut lui présenter les faits que l'on a observés (réponses agressives à la clientèle,  saisies erronées répétées, odeurs corporelles...), sans porter de jugement.

3-Orienter les salariés concernés vers le soin. Le service médical peut venir en aide aux personnes présentant des signes de dépendance et les accompagner vers un suivi médical approprié. Et si, finalement, le salarié ne présente pas d'addiction, les difficultés relevées auront été abordées... Il peut en effet s'agir d'une toute autre pathologie, qui n'avait pas été décelée jusqu'ici et qui pourra être traitée correctement, ou d'un mal-être qui aura été entendu.

 

Anne Courvasier , ·         Assistante sociale du travail et consultante RPS
13/11/13
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