Spécialistes santé au travail
Travail de nuit, travail posté, horaires décalés

Limiter les impacts des horaires décalés sur la santé des salariés

Aujourd'hui, 2 salariés sur 3 en France travailleraient au moins occasionnellement à des horaires dits « atypiques » (selon l'enquête Sumer 2009-2010).  Or, les rythmes de travail atypiques peuvent entraîner des troubles du sommeil, maladies cardiovasculaires, cancers, conséquences sur la vie sociale...

Horaires décalés, travail posté, travail de nuit sur la santé : leurs effets sur la santé

Le travail en horaires atypiques concerne environ 20% de la population active. Il comprend les postes de nuit, les 3x8 ou horaires « coupés » avec des postes tôt le matin et tard le soir, ou encore le travail le samedi ou le dimanche (infirmières, pilotes de ligne, hôtesses de l'air, policiers, gardiens, médecins, internes, serveurs de restaurants, gérants de boîtes de nuit, journalistes, routiers, boulangers, travailleurs postés...).

Les spécialistes sont formels : le travail en horaires atypiques a des effets bien réels sur la santé. Il a notamment pour conséquence la désynchronisation des rythmes circadiens, qui est à l'origine de perturbations hormonales et métaboliques. Le travail de nuit entraîne également des troubles du sommeil liés à des facteurs chronobiologiques et un déséquilibre nutritionnel des salariés.

Les statistiques montrent d’autre part que les accidents de travail, s'ils ne sont pas plus fréquents, sont généralement plus graves lorsqu'ils surviennent la nuit. Les accidents de la route entre le lieu de travail et le domicile constituent le principal danger.

Le travail de nuit est par ailleurs communément admis comme pourvoyeur de stress, de fatigue chronique et serait aussi responsable d'un risque aggravant de pathologie dépressive.

Les risques cardiovasculaires sont également accrus (hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, instabilité pondérale, surconsommation de café, de tabac et d'alcool dans certains cas, dette de sommeil, sentiment d'isolement...).

Diverses études, dont celle du Centre international de recherche sur le cancer (IARC/CIRC), mettent en évidence un lien entre le travail de nuit posté et la probabilité de cancers (notamment cancer du sein et cancer colorectal), en raison de la perturbation des rythmes circadiens et de l'affaiblissement des défenses immunitaires.

Prévenir les risques liés aux rythmes de travail atypique : des pistes pour les entreprises

Il existe des actions simples à mettre en place :

- Evaluer régulièrement les répercussions physiques et psychologiques du travail en horaires atypiques sur la santé.
- Travailler en équipe pluridisciplinaire santé-sécurité au travail.
- Repérer des indicateurs de santé spécifiques à ce type de travailleurs.
- Associer le CHSCT à l'évaluation des risques liés au travail de nuit.
- Gérer les parcours professionnels en prenant en compte l'âge et les changements de situation familiale : instaurer des passerelles entre les horaires de nuit et de jour selon les périodes de la vie professionnelle.
- Informer, former et sensibiliser les salariés.

Et des points spécifiques de vigilence

- Une surveillance médicale renforcée
Le rôle du médecin du travail est important auprès des salariés en horaires décalés. Chaque salarié travaillant de nuit doit effectuer une visite médicale par la Médecine du travail tous les 6 mois.

- Un aménagement du poste de travail spécifique et les mesures de prévention pour réduire les risques
Afin de réduire les sources de pénibilité et faciliter le travail posté ou de nuit, il est conseillé d'améliorer les règles de sécurité et les dispositifs ergonomiques des postes de travail concernés (éclairage facilitant la lecture des modes d'emploi et fiches d'instructions pour une ligne de production...).

- Prévention de la fatigue
Pour éviter une fatigue chronique liée à des horaires contraignants, l'entreprise peut augmenter le nombre d'équipes et proposer des repos supplémentaires (réduction du temps de travail de nuit, rotations courtes de 2 à 3 nuits...).

- Une régularité des repas (effet synchroniseur)
Les salariés ayant la possibilité de se restaurer sur place avec des repas chauds aux heures habituelles peuvent davantage équilibrer leurs régimes alimentaires et prévenir les troubles digestifs liés aux horaires atypiques.
Quelques conseil simples à donner à travailleur posté en 3x8

Tous les salariés ne sont pas égaux face au travail en 3x8. Toutefois voici quelques conseils...

Veiller à son alimentation

- Quelque soit votre poste de travail, vous devez respecter un petit-déjeuner, un repas du midi et un repas du soir. Prendre si possible les repas à la même heure pendant la période de travail de nuit.
- Veiller à une alimentation variée et équilibrée, pauvre en graisses.
- Prévoir une collation vers 1h du matin.  Plutôt protido-glucidique (pain/poulet) que glucido-lipidique (pain/beurre/confiture).
- S'hydrater tout au long de la nuit. Les boissons alcoolisées sont déconseillées.
- Eviter les grignotages salés ou sucrés. Les prises alimentaires nocturnes ne doivent pas s'ajouter aux 3 repas principaux.
- Eviter l'excès de café, thé et autres excitants.
- Les troubles digestifs peuvent être aggravés par le tabagisme.

Surveiller son sommeil

- Essayer de dormir en moyenne 7 heures au cours des 24 heures, soit en une fois soit une nuit de 5 heures suivie d'une sieste avant la prise de poste.
- Maintenir un environnement facilitant le sommeil : température de la chambre, bruit, lumière, literie, confort...
- Eviter la consommation de l'alcool avant de se coucher.
- Eviter autant que possible la prise de somnifères.
- Réduire la consommation de la caféine ou tout autre stimulant.

Intégrer l'activité physique au quotidien. C'est un excellent moyen de prévention. Il ne faut pas oublier que les travailleurs postés sont sujets aux troubles gastro-intestinaux, à la prise de poids, aux maladies cardio-vasculaires, aux douleurs musculaires et articulaires ...

Les travailleurs doivent faire un bilan de santé au moins une fois par an et consulter leur médecin.

Faouzi OUZZINE , Formateur consultant en prévention des risques professionnels
05/11/13
  Imprimer Imprimer Cet article sur votre blog
  Envoyer à un ami/collègue Envoyer à un ami/collèguePartager sur les réseaux sociaux : Facebook Twitter LinkedIn Viadeo
 
Ne pas supprimerNe pas supprimerNe pas supprimerNe pas supprimerNe pas supprimerNe pas supprimer
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent écrire un commentaire.
Pour réagir à cet article, identifiez-vous ou créez un compte.

Newsletter
Test
Prévention des risques psychosociaux : où en est votre entreprise ?

Etre Bien au Travail : 5 bonnes raisons de s'inscrire