Pouvons-nous ralentir ?

Un panneau de la route avec un écrit Slow

Améliorer sa qualité de vie et son bien être, serait-ce une utopie dans une société dopée par la mondialisation et la puissance des nouvelles technologies ? Depuis un siècle les rythmes s’accélèrent et la dictature du très urgent nous impose sa loi.

Les mots « rentabilité » et « productivité » font partie du paysage économique. Quant au culte de la vitesse, s’il incarne plus que jamais la réussite des temps modernes, il a des effets nocifs et maltraite notre santé psychique et physique. Faudra-t-il aller jusqu’à l’épuisement généralisé des hommes et des ressources pour refonder les bases de notre société ?


Il semblerait pourtant que l’édifice soit en train de se fissurer avec l’augmentation des Risques psychosociaux. Quant à la valeur travail, elle est passablement mise à mal et commence à se déliter. Or, nous ne voulons plus rejouer « Les temps modernes » de Charlie Chaplin, mais plutôt renouer avec « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm (Editeur L’arpenteur).

Comment stopper cette course effrénée et frapper d’anathème la précipitation et l’accélération ? Comment fuir ce « quick and go » dévastateur, cette « macdonaldisation » chronique ? Comment se soustraire à cette gloutonnerie gargantuesque jamais rassasiée du « toujours plus » ? Comment changer les mentalités et faire la chasse aux a priori  ?

Pouvons-nous ralentir dans l’entreprise et nous extraire de la spirale du court terme ? Pouvons-nous échapper à la fureur de l’instant, rejeter le culte de l’urgence et celui de la rentabilité, éradiquer notre stress, tout en donnant le meilleur de nous-mêmes ?

Bienvenue dans le monde du « slow »

Aujourd’hui, des signaux laissent entrevoir un nouveau paradigme : celui d’une décélération générale des flux et d’un retour à la conception circulaire de nos ancêtres, qui est aux antipodes de l’accélération linéaire de la croissance moderne.
Quand pourrons-nous, à l’instar des anciens, nous calquer sur le temps des saisons, des moissons, des vendanges ou des carnavals ?

Une révolution lente est en route. Des apôtres d’un nouveau genre fleurissent un peu partout et nous suggèrent de vivre plus lentement : de Carl Honoré avec « L’éloge de la lenteur » (Marabout), en passant par Thierry Paquot avec « L’art de la sieste » (Zulma),  et Pascal d’Erm avec « Vivre plus lentement » (Ulmer). Plusieurs mouvements se font l’écho d’un nouveau style de vie et nous encouragent à changer.

Examinons ces différents courants :

- Le label Cittàslow (villes lentes) prônant « l’engagement à promouvoir un rythme de vie plus lent, inspiré des habitudes de vie de communauté rurale »,
- Le slowfood fondée en 1986 par Carlo Petrini à Rome pour vaincre la malbouffe,
- Le slow parenting qui milite pour ne pas surcharger les horaires des enfants,
- Le slowsex inspiré du tantrisme, à des années lumière de la performance sexuelle et de la multiplicité des partenaires,
- Le slowlife au Japon,
- Le slow movement, le slow design, le slow media, le slow thinking, le slow tourism...

Tous ces éléments parlent en faveur d’un attachement particulier à la qualité plutôt qu’à la quantité. Et cette décélération revendiquée n’est en aucun cas une ode à la paresse, mais plutôt un retour aux sources qui privilégie l’échange, le lien social et le plaisir de vivre. Une nouvelle modernité.

Comment décrocher de la vitesse et se désintoxiquer ?

Une ligne de conduite valable pour la sphère professionnelle comme pour la sphère personnelle : ralentir et renouer avec ses propres rythmes, être à l’écoute de son corps, de son acuité intellectuelle, de ses envies, savoir s’inscrire dans un temps juste, lever le pied et se donner des moments pour savourer le temps présent, et donner libre cours à tous ses sens.

Changer son état d’esprit, arrêter de penser que si nous devenons polychrones* nous serons plus efficients. Découvrir les vertus de la monochronie** au travail. Savoir se mettre dans un seul temps à la fois, devenir plus séquentiel et considérer qu’il y a « un temps pour tout, et un temps pour chaque chose » (L’Ecclésiaste). Un temps pour travailler, un temps pour se reposer et décompresser.

Suivre le programme à l’attention des « presses anonymes »

Une valse à 3 temps :

1/ Débrancher

- Déconnecter, lever le pied, mettre la pédale douce, arrêter de courir tout simplement,
- Lâcher prise, c'est-à-dire faire l’effort de ne plus se forcer, de ne plus vouloir exercer son contrôle sur tout,
- Admettre que l’on ne peut tout rationaliser, tout mettre en équation,
- Se décentrer pour s’ouvrir à d’autres modes de pensée,
- Se distancier pour ne plus agir dans la précipitation,
- Se désintoxiquer de toute addiction numérique pendant un temps choisi, et oublier momentanément la télévision, internet, les sms, les mails et tout le toutim chronophage,
- Se protéger des sollicitations extérieures, se mettre sous cloche, se mettre en jachère en quelque sorte. Pour retrouver ses esprits, et donner le meilleur de soi.

2/ Incuber
Une étude, réalisée par des enseignants à Harvard, vient de montrer qu’un cerveau reposé favoriserait une réflexion « plus profonde, plus nuancée, plus intense ». Ce qui milite en faveur du « slow thinking ». Faire le vide, s’extraire du buzz, s’installer dans le silence pour mieux se ressourcer.

Se concentrer en méditant, ou proposer à son cerveau droit quelques séances de musculation en créant et en imaginant le champ des possibles. Le livre de Georges Romey « Rêver pour renaître » (Editions Robert Laffont) est très explicite à cet égard, en particulier sur les vertus du Rêve Eveillé Libre (www.reve-eveille-libre.org) : rêver pour retrouver son unité intérieure, se recomposer et se synchroniser aux différents rythmes de son existence.

S’imaginer un avenir, laisser émerger ses désirs, ses besoins, ses ambitions en cohérence avec ses valeurs. Se projeter, se visualiser, s’inventer. Et inscrire au plus profond de sa conscience la phrase d’Antoine de Saint-Exupéry « Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve ».

3/ Cheminer
Donner vie à ses rêves, c’est devenir acteur de son film en développant une stratégie de fixation d’objectifs. Je veux dire par là, passer son ou ses objectifs au crible des 7 questions :
- Qu’est-ce que je veux ?
- Pourquoi est-ce important pour moi ?
- Quand saurai-je que j’ai atteint mon objectif ?
- Quels obstacles pourraient m’empêcher de le réaliser ?
- Quels moyens vais-je mettre en œuvre pour atteindre mon objectif ?
- Quels problèmes pourraient venir après l’atteinte de mon objectif ?
- Que vais-je ressentir une fois mon objectif atteint ?

Construire ses rêves c’est naviguer au plus près de ses aspirations en utilisant la loi des 20/80. En l’espèce, c’est identifier les 20% de nos activités qui génèreront le plus de retours bénéfiques en termes de qualité de vie par exemple. En un mot, ne plus traiter toutes nos tâches ou missions de la même façon, mais redonner du temps à ce que nous pensons être des tâches à forte valeur ajoutée. Les salariés de Google sont priés de consacrer 20% de leur temps de travail à des projets personnels qui déboucheront très probablement sur des pépites créatrices de valeur.

Pour en finir, avec l’accélération qui tourneboule la planète, et qui n’est qu’une réponse «  pavlovienne » à l’angoisse de mort, approprions nous le proverbe turc selon lequel : « La hâte est une invention du diable ». A nous de susciter autour de nous un sursaut général, de régler nos horloges sur un temps plus juste, car comme nous le dit Ban Ki Moon, Secrétaire Général des Nations Unies : « L’humanité fonce vers l’abîme, le pied sur l’accélérateur ».

*Polychronie : Etre simultané, faire plusieurs choses à la fois, travailler sur plusieurs dossiers en même temps.
**Monochronie : Etre séquentiel, faire une chose à la fois, travailler un dossier après un autre.

Catherine Berliet, Consultante en développement personnel
08/11/10
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